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du Mesnil - Plateau de Boos - Diocèse de Rouen

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Notre Père

Toussaint 2O17 :  Lettre de
Mgr Dominique Lebrun aux fidèles du diocèse de Rouen

Chers amis,

La fête de la Toussaint est au cœur de notre foi et de notre vie. Ne sommes-nous pas des saints en devenir ? Avons-nous d’autres projets plus essentiels que la sainteté ? Avons-nous d’autres désirs que l’amour in ni de Dieu ?

Tous saints, c’est l’ambition de Dieu, notre Père ! A partir du di- manche 3 décembre 2017 (1er di- manche de l’Avent), nous prierons le Notre Père en disant « ne nous laisse pas entrer en tentation » (et non plus « ne nous soumets pas à la tentation »). C’est l’occasion de mieux accueillir la prière par excellence. Elle est une véritable école de prière, de vie chrétienne, et de sainteté !

La famille de Dieu

Je m’arrête avec vous sur les premiers mots : Notre Père. Ils m’inspirent ce que je voulais vous dire après avoir visité le diocèse et rencontré bien des serviteurs : religieux, diacres, prêtres, laïcs.

Je n’en doute pas : nous sommes de la même famille ! Apparemment, rien ne distingue les baptisés dans la vie de tous les jours, dans les écoles, sur le marché, au travail ou dans nos maisons, nos villages ou nos villes. Et pourtant, j’ai ressenti une profonde complicité dans les communautés comme dans les rencontres plus personnelles. Cette complicité va bien au-delà

d’idées communes. D’ailleurs nous ne sommes pas d’accord sur tout !

« Apprends-nous à prier », disent les disciples de Jésus. « Quand vous priez, dites "Père..." », répond Jésus (Lc 11, 1-2). Le Fils nous partage son Père. Il le dit à Marie-Madeleine au matin de la résurrection : « Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père » (Jn 20, 17).

Dieu est Père, Fils et Esprit Saint ! Et nous ? Nous devenons ls et lles de Dieu, dans le Fils unique, par l’Esprit. Mystère grandiose ! Traduisons plus concrètement : nous devenons des frères et sœurs de Jésus. Réellement ?

La fraternité prise au sérieux

Notre responsabilité est grande ! La fraternité est au cœur de l’Evangile, le projet de Dieu. Vu ainsi, le « notre » du Notre Père ne peut se limiter aux chrétiens ! Oui, Jésus a donné sa vie pour que tout homme, toute femme, tout enfant, tout vieillard, bref tout être humain devienne son frère, sa sœur ! Et il nous con e la mission de l’annoncer !

Comment l’annoncer sinon en le vivant. Permettez-moi de vous poser la question : suis-je votre frère ? Vraiment ? L’enfant qui vient d’être baptisé dans votre paroisse est-il vraiment votre petit frère, votre petite sœur ? Quand êtes-vous allés lui rendre visite

pour découvrir sa frimousse ? Et vos voisins baptisés, sont-ils vraiment vos frères et sœurs ? Et les plus pauvres, sont-ils nos frères préférés ? Et, surtout, ceux qui semblent moins « aimables » ?

J’ai écrit récemment à vos pas- teurs. Je leur ai demandé de prendre plus au sérieux la frater- nité, don de Dieu pour le monde. Nous connaissons, malheureuse- ment, le déchirement que repré- sentent des frères et sœurs qui ne se rencontrent plus, osons le dire, qui ne s’aiment plus !

Des fraternités pour la fraternité

Comme un témoignage, comme une réponse amoureuse à Jésus, comme une cohérence avec notre plus belle prière, je vous demande d’être des frères et des sœurs dans la proximité.

Concrètement, dans votre village, dans votre rue, dans votre école ou dans une autre réalité, je vous propose de vous retrouver chaque semaine à quelques-uns : à trois, quatre ou dix, vous vous donnez rendez-vous pour une demi-heure à l’église, dans un local commun ou chez l’un d’entre vous. Vous partagez quelques nouvelles fraternellement puis vous prenez un temps de prière dans la forme qui vous convient : chapelet, liturgie des heures, méditation de la Parole de Dieu, toujours avec le « Notre Père » et en pensant aux frères absents.

Pourquoi chaque semaine ? Parce que c’est le rythme de la création et de la résurrection ! En allant au rendez-vous, vous irez rencontrer l’Eglise avec un grand « E », c’est- à-dire votre mère. N’a-t-on pas envie de rencontrer sa Maman chaque semaine ? Chaque semaine, c’est l’idéal, mais toutes les deux semaines, c’est bien !

Il peut y avoir des obstacles pratiques mais aussi spirituels. Parexemple:«Etsijene m’entends pas avec mes voisins chrétiens ? » C’est bien le problème ! Il y a trop de blessures dans nos communautés, et pas assez de pardon. Comment dire « Notre Père... » s’il n’est pas notre idéal, y compris « pardonne-nous comme nous pardonnons » ?

Vers la mission

La société a soif de fraternité. Notre fraternité donne-t-elle envie ? On le disait des premières commu- nautés chrétiennes (Ac 2, 42-47). « Fraternité » est même l’un des premiers noms propres de l’Eglise (cf. 1 P 2, 17 et 5, 9).

Sur le territoire, il est dif cile de garder partout des paroisses. Les prêtres manquent pour assurer le service indispensable de curé. Mais il est possible de développer partout la fraternité. Il est pos- sible de la vivre au sein de fra- ternités de proximité. Elles dila- teront notre cœur pour le rendre plus missionnaire. Ainsi naîtront des territoires de mission (à côté des paroisses).

Il est de ma responsabilité d’ap- peler et d’envoyer des mission- naires sur ces territoires. Ils séjourneront une semaine auprès des fraternités. Ils visiteront les malades, enseigneront le Christ, célébreront les sacrements ; ils oseront aller avec vous aux péri- phéries, ou vous y rejoindront. Je les accompagnerai

Fiat

Je ne vous en dis pas plus. Parlez- en dans vos « communautés » et osez la fraternité ! Elle vous portera avec plus d’entrain vers l’Eucharistie, source et sommet de la charité.

Comment cela va-t-il se faire ?

L’ange Gabriel annonça à la jeune lle Marie l’incroyable : « Tu vas enfanter... il sera appelé Fils du Très-Haut ». Elle répondit : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? » (Lc 2, 34). Je veux vous annoncer la même joie : vous êtes l’Eglise pour engendrer les ls du Très-Haut. Comment cela va-t-il se faire ?

« L’Esprit Saint viendra sur toi », promet l’ange (Lc 1, 35). Oui, l’Esprit Saint ne peut manquer à ceux qui interrogent le Ciel, le cœur prêt à faire la volonté d’amour du Père. Or, l’Esprit Saint est à l’œuvre dans le monde, dans nos cœurs.

Nous aimons la fraternité ! Faisons-la vivre, en la recevant de Jésus, mort et ressuscité pour nous, en la partageant avec nos plus proches : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mt 22, 39).

Continuez à vous nourrir des sacrements, de la Parole de Dieu, de la présence de vos frères et sœurs, grâce aux mouvements, aux communautés et aux groupes si nombreux qui irriguent notre vie d’Eglise.

Soyez aux avant-postes de la fraternité en allant vers les plus pauvres, comme Jésus est venu au-devant de nous. A vrai dire, comme il veut continuer de venir, par nous, vers ses préférés.

Unis dans le même Esprit, osons dire matin et soir le Notre Père de manière renouvelée, avec joie et engagement ! Que ta volonté soit faite ! Fiat comme a dit Marie devant l’incroyable Bonne nouvelle (cf. Lc 1, 38) ! Elle nous accompagne.

Comme promis, Jésus est «...le premier-né d’une multitude de frères. » (Rm 8, 29).

Rouen, le 1er novembre 2017. Dominique Lebrun

Archevêque de Rouen

 

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